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Inédits

Retrouvez sur cette page les poèmes inédits, en vers ou en prose, publiés uniquement sur le web.

EN VERS


PACHAMAMA

Oh Terre, toi qui nous héberges et nous nourrie,
vois comment tes enfants chéris te remercient.
Ils te tuent, te saignent, te vident, te polluent,
pour combler leurs besoins toujours plus corrompus.

Dessin de Julien Monnet.
Photos de Yan D.


DANS L’OMBRE

Aux tréfonds de mon âme les plus reculés
la folie avance chaque jour un peu plus,
soufflant les photophores de lucidité,
en me conduisant vers mon futur tumulus.


CŒUR DE GLACE

L’émotion a fui mes profondes entrailles,
ne faisant de moi qu’un morceau de barbaque
qui emprisonne dans ses donjons de ferrailles
un cœur glacé se baignant dans l’ammoniaque.


AMOUR PERDU

Il y a des années, nos yeux se sont croisés.
Et en cette journée ma vie a basculé.
Tu as brisé ma futilité simulée,
pour exposer ma personnalité cachée.

Tu m’as charmé d’un regard éveillé
dénué de toutes intentions intéressées.
Moi, j’ai été complètement submergé
par cette beauté que tu semblais ignorer.

Au final, l’amitié nous a rapprochées,
jusqu’à virer en penchants ombragés.
L’amour partagé s’est alors immiscer
pour rapprocher nos corps enfin déterminés.

Au cours de plusieurs années, on a consommé
ces émotions privées, mais souvent torturées.
On a survécu en aventuriers masqués,
sans assumer notre relation partagée.

Un jour, la fatalité de la destinée
a déferlé pour agresser notre archer.
Un choix s’est imposé et tu as dû trancher
entre impudicité et stabilité.

Divisé entre ton quotidien familier
ou une éternité dénuée de piétée,
tu as décidé de jouer la facilité.
Quand elle s’est invitée, tu as cédé.

Tu as donc commencé à t’éloigner,
appâté par la normalité si sacrée
qu’on t’a inculqué toutes ces années.
Quand elle s’est imposée… Tu as plongé.

Elle s’est fourré dans notre liberté.
Son entrée a entamé de nous distancer
pour finir, à jamais, par nous séparer
le jour où tu as décidé de l’épouser.

J’ai accepté de témoigner pour sceller
l’union sacrée le jour où tu t’es marié.
Mon affectivité a alors explosé
quand tu as déclaré le mot « oui » au curé.

Au nom de l’amitié, je t’ai aidé.
J’ai rigolé et tenté de plaisanter
pour cacher ma sensibilité mortifiée
par cette journée, à jamais endeuillée.

Depuis, je reste embourbé dans le passé,
aliéné par le temps de notre jubilé,
emprisonné dans des barbelés acérés
d’une belle complicité érodée.

Dés ce moment, je n’ai pas cessé d’espérer.
J’attends une lucidité recouvrée
dans la capacité à nous retrouver
ou dans l’opiniâtreté à t’oublier.

Retrouvez ce texte en vidéo sur ma chaîne Youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=e7Chdoq2ftg&feature=youtu.be


UNE MAIN

Une main tendue peut vous venir en aide,
mais aussi vous entraîner vers votre ruine.
Une main fermée peut infliger la peine,
mais aussi vous retenir vers la ravine.


THE SAINTS

Dans ma grande naïveté, je veux croire !
Croire qu’en secret, des chevaliers valeureux
protègent notre monde de son désespoir
et veillent sur nous, humains, tels des demis-dieux.


SUPER HÉROS

La culture pop nous inonde de héros
luttant pour défendre de plus grands idéaux.
Mais les vrais héros ne sont pas au cinéma.
Ils œuvrent loin de la folie des médias.


LA MORT DE LA VIE

L’homme dépérit un peu plus à chaque instant
entre les griffes des riches et des puissants.
L’argent a prit le contrôle de la raison
et altère chaque moment que nous vivons.


RÊVERIES

En ce début d’automne, trouvez vous un banc,
laissez vos prunelle dériver vers le ciel,
et cédez votre esprit au pouvoir du néant.
Car seules vos pensées sont confidentielles.


MON UNIVERS

Mon astre vital amorce enfin sa descente
Pour marquer le crépuscule d’une existence,
Toute à la fois chaotique bien qu’abondante,
Que j’ai mené sans relâche avec arrogance.

Le compte à rebours terminal a débuté.
Il raisonne aux tréfonds de mon âme écorchée
et me guide dans cette ultime randonnée
à destination de la pérennité.

Je vais pénétrer dans les méandres de Dante
et rejoindre l’abîme sombre et malveillante,
conclusion tragique d’années décevantes
marquées de trahisons toujours plus méprisantes.

Après la mise à mort de mon âme infantile,
le viol sournois de mon amour homophile,
et l’assèchement de mon petit cœur d’argile,
Deux-mille vingt conclura cette vie stérile.


EN NÉGATIF

Au rythme fatidique du temps qui s’égraine
je m’enfonce toujours plus dans les profondeurs.
Les lueurs froides de l’espoir se font lointaine
et je déroule chaque jours à contrecœur.


DARK ARTS

Je suis prêt à brader mon âme morte au diable.
Je suis sur qu’il m’accueillera à son service.
Je serais un agents des plus impitoyable
pour pousser les damnés du haut du précipice.


EN PROSE


C’est le soir

Le seul moment où je savoure le plaisir d’un jardin, c’est le soir; quand la fraîcheur de la nuit a repoussé les assauts immuables de l’astre céleste.

Là, je sors avec ma compagne à quatre pattes pour l’accompagner dans les hautes herbes et les plantes dont le pollen agresse mon système humanitaire sans relâche. Alors qu’elle assouvie ses besoins naturels, cachée parmi la végétation luxuriante, tout en gardant un œil sur moi pour s’assurer à la fois de sa tranquillité et de sa sécurité, je ferme les yeux et me laisse aller au grès de mes sens en extase.

A cette heure, les bruits parasites des cellules cancéreuses de la planète se sont estompés pour laisser la place à une symphonie mélodieuse parfaitement orchestrée. Le grillons rythment le cœur des grenouilles qui s’élève entre les retombées des jets d’eau du bassin, en accord avec l’effleurement du vent dans les branches.

Les odeurs des roses, iris et autres fleurs d’agrément explosent pour créer un doux parfum qui se diffuse dans l’air frais, chassant la puanteur de la pollution humaine dans les abîmes de mon esprit.

Je me laisse aller au goût d’une cerise aux contours incertains, prélevée directement sur son géniteur végétal. Elle s’offre à moi de bon cœur, attendant là, sur ce vieil arbre torturé qui m’accompagne depuis mes premiers pas, sans s’occuper des industries « bio » toutes plus mensongères les unes que les autres. Sa saveur délecte mon palais comme aucuns fruits des grandes surfaces esclavagistes de nos besoins, ne peut le faire.

Mes yeux s’habituent alors à la lueur froide, délivrée par la lune mélancolique, et j’arrive à distinguer les mouvements de quelques chauve-souris, en recherche de moustiques infortunés. Le sol s’anime aux pas feutrés du hérisson réfugié, en quête d’un bosquet sécuritaire.

Le mouvement de ma chienne me ramène alors à la raison. Elle sautille dans les herbes démesurées pour venir chercher mes caresses. Je me baisse, laissant mes doigts se perdre dans son pelage soyeux et rassurant.

Je soupire alors en repensant que, demain, je vais devoir retourner dans le monde des vaniteux, des faux-semblants, des créatures viles qui se sont attribuées le titre d’Humain.

Je quitte alors ce paradis nocturne pour replonger dans l’idée de l’enfer de la nouvelle journée qui pointera son nez dans quelques heures; avec son lot de souffre fétide lâché, sans pitié, par mes congénères.

A cet instant, quand le réveil de notre maître tactile me sortira de mes cauchemars, j’arborerais à nouveau le masque de la sociabilité pour jouer, une fois de plus, la tragédie de la vie; une tragédie dantesque sans happy end possible.


Mon univers

En ce soir de solitude, je m’enfonce dans la décrépitude.
Vidé de tout accompagnant, je plonge dans le répugnant.
Je noie alors mes maléfices, dans une multitude d’artifices.
Les cachets se mêlent donc aux vapeurs de l’hydromel pour engourdir ma raison et oublier les trahisons.
Avachi devant un film d’horreur, que j’ai déjà regardé avec terreur, je laisse les volutes de l’alcool briser mon cerveau au vitriol.
Sous les regards tristes de ma puce, je m’enfonce dans un tumulus fait de peur et de délires
qui contribuent à m’abrutir.
Je décide de me lever et de sortir, accompagnée de celle qui m’empêche de m’avilir.
Le temps, ce soir, est orageux et la lumière rend le jardin mystérieux.
La chaleur semble s’opposer aux couleurs, par l’alcool, altérées.
Alors que j’avance comme dans un rêve, j’observe le bien étrange manège des mystérieuses chauves-souris qui virevoltent avec brusquerie.
La situation devient trop pesante et je perds pied dans ma descente.
Derrière moi, toujours bienveillante, ma chienne surveille mon agonie lente.
Son regard est désespérément triste, mais jamais il ne se fait moraliste.
Au fond d’elle, elle n’espère qu’une chose : que j’arrive, un jour, à vaincre mes névroses.


L’automne s’en est venu.

48

L’automne s’en est venu.

Clair et obscur, ses deux amis l’accompagnent.

Ils plongent nos demeures dans une pénombre lumineuse éthérée qui donne à nos lieux les plus communs une atmosphère singulière. On ressent la lumière diffuse de l’astre dorée qui lutte pour percer les vapeurs célestes. Mais entre nos murs sécuritaires, les ombres s’étirent, toujours plus longues, plus inquiétantes. Elles s’étendent pour finir par recouvrir les zones que l’été nous avait révélées, avalant du même coup notre sentiment de sécurité ; nous laissant seuls face aux mystères arpentant les ténèbres et les coins sombres de nos tanières.

Dehors, les couleurs se réchauffent pour épauler la déesse Amaterasu qui peine à atteindre le sol, perdu dans le dédale nuageux chaotique. Puis, les coloris flamboyants vont s’envoler au grès des souffles d’Euros pour créer un tapis protecteur pour notre mère nourricière.

La pluie s’invite dans nos ballades quotidiennes, libérant du même coup les odeurs jalousement conservées par les protecteurs ancestraux de notre planète. Si l’on sait écouter ; si l’on sait voir ; si l’on sait ressentir ; si l’on montre notre respect à Gaïa ; les trésors cachés de celle-ci se révèlent. Les dryades, nos gardiennes forestières, quittent le camouflage de leurs arbres pour venir danser avec les fées. Sous la fraîcheur des fougères, les korrigans exilés rejoignent les gnomes pour s’inviter dans les figures aux côtés de leurs alliés aériennes. Les plus mutins se laissent aller à gambiller sur les champignons poreux. Et si votre conscience s’avère capable de s’ouvrir encore, alors vous apercevrez peut-être quelques elfes qui sauront vous révéler leurs bâtisses secrètes.

C’est dans cet état d’esprit, embarqué par les volutes de la magie automnale, que la réalité se rappelle à moi. Violente. Incisive. Meurtrière.

Demain, je vais devoir me réattribuer les codes sociaux véhiculés par le cancer qui s’est proclamé avec vanité : « humain ». Je vais devoir sourire aux autres bipèdes haïssables ; répondre aux agressions verbales sans intérêt imposé par la bienséance ; me plier au service de ces individus insipides qui se croient supérieurs par un rang social usurpé.

Bientôt, toute cette hypocrisie s’épanchera dans les égouts de cette société pervertie. Je retrouverais alors le contact avec l’essence de la vie. Avec Pachamama.

Bientôt…


Alors que l’abîme…

Alors que l’abîme devient plus noir, je me rends compte que la fosse dans laquelle je m’enfonce ne semble pas posséder de fond. Je suffoque, voyant l’avenir s’assombrir à mesure je me noie.
Le panthéon de mon glorieux passé a disparu sous les cendres incendiaires d’un volcan en fusion, ne laissant que des statues de lave figée qui me rappellent mes souvenirs.
Le présent se montre sous la forme d’un labyrinthe obscur et hanté, aux murs glauques bien trop hauts pour se voir escaladés. Je donne l’impression d’avancer, sous le masque de la certitude, le sourire en coin et l’œil déterminé, mais je crains le monstre mythologique qui me traque dans la pénombre.
Quant à l’avenir, il apparaît là, face à moi, dans la noirceur des profondeurs abyssales sans fin dans lesquelles mon corps coule inexorablement.
Quand l’asphyxie deviendra immuable, trouverais-je la force de tout arrêter avant de succomber d’une lente agonie ?